Enquête sur la délinquance

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Une brève enquête sur la délinquance

Par François Castaing

Chacun est frappé par le phénomène de la délinquance en croissance continue dans notre pays réputé pour son système de protection sociale, ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.
Où est l’erreur ?
  1. Le développement de la délinquance génère une peur collective, une impression de menace permanente, d’insécurité, et nous prive de notre sacro-sainte liberté. Dans les 20 dernières années il est à l’origine de tous les systèmes de sécurité, fermetures électroniques, gardes du corps et a fait la fortune des entreprises de sécurité.
  2. La délinquance est devenue une fatalité, un mal nécessaire, chacun espérant et se protégeant pour ne pas en être la victime. Un consensus s’est installé sur le fait qu’à titre individuel, nous ne pouvons rien y faire et que c’est à l’Etat de juguler la délinquance et principalement par la répression.
  3. Les faits montrent que la répression n’est pas la solution. La délinquance est partout, développant des trésors de créativité, de prise de risque, d’intelligence tactique et de violence pour atteindre ses buts : survivre ou prospérer en marge d’un cadre contraignant, d’un système unique, imposé apparemment, trop souvent facteur d’échecs.
  4. Le délinquant trouve des explications pour ses actes destructeurs tout autour de lui : le chômage, la pauvreté, l’inégalité économique, la violence familiale, l’ennui, le non respect des valeurs civiques par la classe dirigeante, les scandales médiatiques et la religion de la consommation.
  5. Ce sont des justifications et non des causes.
  6. Quelle est l’origine de la colère de ces délinquants, de cet esprit de revanche permanente, de cette décision de se marginaliser, de se fondre éventuellement dans une communauté dont les seuls buts sont de voler, violenter, tricher, faire peur ? Et ce, malgré la croissance des contrôles, d’une justice brutale et fatalement « injuste »…
  7. La réponse à cette question est, bien sûr, l’éducation familiale. Mais si la famille a déclaré forfait, il reste l’école, qui depuis Jules Ferry (1881), dans sa forme laïque se substitue au prêtre et au père de famille.
  8. L’école, dont 150.000 jeunes sortent sans diplôme chaque année. Autre façon de dresser un bilan : 14% des 18-29 ans ont des difficultés à l’écrit.
  9. A la sortie de l’école, les moins favorisés sont incapables d’être en communication « opérationnelle » avec leur environnement. Leur illettrisme relatif les empêche de comprendre les documents administratifs, les journaux, les informations, les documents de l’entreprise. Ils sont coupés de leur environnement, agressés par les mots dont ils imaginent ou inventent le sens.
  10. Ils vivent au quotidien ce que vit un touriste au Japon : l’impression de solitude, d’incapacité à décider, de différence et de non reconnaissance.
  11. D’où cette colère qui se transforme rapidement en violence morale puis en violence physique. Ceci vient s’ajouter à un sentiment de mal-être lié aux conditions de l’habitat en collectivité où cette « colère » est omniprésente. La télévision qui présente un mode virtuel inaccessible ou d’une extrême violence ne fait qu’exacerber cette impuissance à maîtriser son environnement.
  12. L’école est normalement le lieu où l’on acquiert des certitudes, une capacité à communiquer avec la complexité, l’homme, la nature et l’univers. C’est là qu’on devrait y découvrir les clefs de la compréhension de l’autre, de l’environnement et de la réussite individuelle et collective.
  13. L’école est un lieu d’enseignement qui récompense l’intelligence, la mémoire et la capacité à conceptualiser. Mais le modèle ne favorise pas la créativité, l’esprit d’entreprendre, le goût du risque, l’envie d’un projet personnel. Le système scolaire tel qu’il est pratiqué rend souvent les élèves passifs ou les aide à camper sur une démarche défensive.
  14. Le modèle traditionnel que l’école impose n’est pas attractif. Il promeut une vie robotique, métro, boulot, dodo. La réalité familiale est parfois différente par l’absence du mot « boulot » remplacé par celui de chômage.
  15. L’école ne met pas en valeur des aptitudes que les délinquants manifestent souvent dans leurs actes destructeurs tels que :
L’intelligence tactique
Le courage
La détermination
L’énergie
La maîtrise émotionnelle

En guise de conclusion, Jules Ferry a créé une école qui a répondu aux exigences de son temps. L’école actuelle est à la recherche d’un nouveau Jules Ferry. Une école différente est à créer où chacun, quelle que soit son origine familiale ou sociale, pourra trouver une forte motivation à apprendre. Pour l’instant, elle semble être une redoutable machine à fabriquer des délinquants.