Ron Hubbard

DélinquanceCe qu’ils en disent – Ron Hubbard

Ron Hubbard : l’école de la délinquance

A 27 ans, en 1938, Ron Hubbard avait déjà une certaine notoriété en tant que romancier, et s’engageait dans une carrière de science-fiction. C’est cette année-là que parut son livre « Final Blackout », encore réédité en de nombreuses langues aujourd’hui1. A cette époque, le jeune Hubbard écrivit aussi un certain nombre d’essais qu’il ne publia que beaucoup plus tard, tel celui-ci où il critiquait l’attitude de la société à l’égard de la délinquance. Une réflexion qui, par delà le contexte américain de la fin des années trente, demeure d’actualité.

(Note : L’essai écrit en 1938 s’intitule « The school of crime ». Nous avons le plus souvent traduit les mots crime et criminal par délinquance et délinquant, car cette traduction est plus proche de l’usage courant. Henri Pasquier).

La prison

On conçoit généralement la prison comme un endroit où le délinquant sera complètement isolé jusqu’à ce que finalement il renaisse. Mais il vient rarement à l’esprit qu’ainsi on encourage la rencontre d’un délinquant avec d’autres délinquants. Le fait qu’en dehors de la prison il rencontre très peu d’autres délinquants ne semble jamais entrer en ligne de compte.

On sait depuis longtemps que c’est en prison qu’il fait la connaissance de nombreux délinquants et apprend d’eux quantité de choses dont auparavant il n’avait qu’une vague idée.

Cependant, relier ce fait à d’autres observations apporte un tout nouvel éclairage.

Depuis des années, d’innombrables statistiques de la délinquance s’empilent sur les bureaux de l’administration. Personne ne s’attend que les chiffres ainsi accumulés apportent plus d’ordre dans le monde. Les chiffres et les pourcentages sont principalement destinés à montrer au public qu’effectivement des fonctionnaires sont en train de classer ces faits, suscitant beaucoup de réflexions et de résultats, justifiant ainsi le paiement par le Trésor public d’un certain nombre de salaires.

Qu’on puisse faire quelque chose avec ces chiffres paraît assez évident. Mais alors pourquoi est-ce que rien n’est fait ?

Il apparaît qu’aujourd’hui, l’âge des délinquants se situe principalement entre dix-huit et vingt-quatre ans.

En faisant preuve d’un peu d’humanité, peut-être serait-il possible de comprendre pourquoi un garçon de dix-huit ans se tourne vers la délinquance. Se pourrait-il que ce soit directement lié au souhait de la société qu’il ne soit jamais né ?

Oh, certainement pas ! C’est bien trop simple. Pas assez sophistiqué. Affirmer que toutes les vérités sont simples est bien sûr sans fondement.

Mais supposons simplement qu’il y ait là une part de vérité. L’individu pose un regard embrouillé sur le reste de la société. De son point de vue, il constitue bien une entité distincte et importante. Et confusément, il ressent que tous les gens qui l’entourent sont différents de lui. Pour lui ils forment un tout, et il est l’unique personne au monde complètement seule.

Et parce qu’il va vivre environ soixante dix ans il sait qu’il va devoir cohabiter avec cet esprit tyrannique et dangereux.

Par conséquent, il ne se reproche jamais quoi que ce soit. Même s’il plante une hachette dans la tête de son premier-né, étrangle sa femme, viole la femme de son meilleur ami puis part en cavale avec la caisse, il n’empêche qu’il est absolument convaincu de dire la vérité quand il clame qu’on l’oppresse.

Si l’épouse prend la nouvelle voiture de son mari et en cabosse l’aile en la rentrant dans le garage, elle pique une crise de rage, jette des objets, et s’estime très maltraitée si son mari lui demande gentiment de faire plus attention la prochaine fois.

Comment un garçon de dix-huit ans va-t-il réagir face à un tel manque de bon sens de la part de ses aînés ?

A cinq ans, on l’a mis à l’école. Et là, on lui a appris en même temps que son alphabet qu’il grandirait et deviendrait un citoyen important. A la maison, on attend généralement de lui qu’il devienne quelqu’un quand il sera « grand ».

Ce virus apparemment inoffensif l’accompagne jusqu’à l’adolescence, et là, au moment d’atteindre l’âge adulte et une position dans la société, il le laisse se développer sans aucune limite.

Et puis, à seize, dix-sept ou dix-huit ans, une réalité brutale se dresse face à lui, comme un mur en béton dans lequel il fonce et il se blesse.

L’expérience lui a largement enseigné qu’il y a seulement deux personnes au monde à qui il importe vraiment qu’il vive ou qu’il meure. Mais il ne peut pas toujours dépendre de son père ou de sa mère pour avoir le sentiment d’importance dont il a besoin.

Alors survient une série d’évènements, variable d’un cas à l’autre. Une fille lui fait les yeux doux et il veut avoir de l’argent, ce qu’il n’arrive pas à obtenir par les moyens habituels, parce que la société se moque de lui donner un travail. Il souhaite paraître important ou audacieux aux yeux de ses copains. Il ressent un besoin réel et pressant d’argent, et il a faim ou froid.

C’est là l’étendue de sa délinquance pour l’instant. Il est jeune et par conséquent n’a pas derrière lui une longue expérience pour lui dire que le moyen le plus facile de gagner de l’argent est de l’obtenir en travaillant dur. Il ne se considère pas comme une partie du corps social. Il se considère juste comme un individu qui a besoin de quelque chose.

Il lui est facile de se croire plus malin qu’il ne l’est réellement. Après tout, il ne connaît rien de LA LOI. Il n’a entendu parler d’empreintes digitales que dans des romans policiers.

Très bien, le monde a failli à ses engagements. Il a été dupé. Le travail qu’il devait trouver n’était qu’un mirage. Donc tout le reste est un mensonge et la société est mauvaise parce qu’elle se fiche éperdument de ce qui lui arrive aussi longtemps qu’il ne l’a pas intégrée.

En plus de cela, il s’ennuie. La vie est une routine morose et monotone quand on suit la voie toute tracée de la majorité.

Ainsi il franchit la ligne et commet son premier délit.

Sa main tremble et il n’arrive pas à voir le viseur de son vieux calibre 22. Il n’entend que le sang qui bourdonne dans ses oreilles. Il oublie où chercher l’argent. Il fait trop de bruit. Il n’arrive pas à maîtriser sa voix.

Haletant, à bout de nerfs, il s’enfuit en courant, et une fois à l’abri, il regarde fixement les quelques billets déchirés. Pourtant, ils sont à lui. En les obtenant, il a obéi à un besoin naturel d’émotions fortes, de nourriture, ou de vêtements ou bien à la nécessité de frimer devant sa copine ou ses copains.
Et maintenant arrive le facteur déterminant de sa vie.
Soit la police l’attrape, soit elle ne l’attrape pas.

S’il lui échappe, il tentera peut-être un ou deux autres « coups », encouragé par son premier succès.

Mais très vite, il va tomber sur quelqu’un qui ne se laisse pas faire. Au cours d’un braquage, l’homme lui dit d’aller se faire voir et tente de s’emparer de l’arme : le jeunot s’enfuit et jure de ne plus jamais s’écarter du droit chemin. Dans une station essence, le pompiste tend la main pour saisir une clé à molette et de nouveau le jeune s’enfuit, terrifié. Dans la majorité de ces cas, le jeune gars se sépare alors définitivement de son calibre 22 et quelques années plus tard se rappelle sa « carrière délinquante » avec un sourire en coin et peut-être même un certain malaise.
S’il est pris, il est perdu.

Debout, trempé de sueur, il lève les yeux sur le juge en robe noire, semblable à un vautour. Le jeune est en fait en train de s’entendre dire : « vous êtes condamné par la présente… »

Aussitôt qu’il arrive à se convaincre qu’il s’agit bien de la vie réelle et pas d’un cauchemar, il commence à croire que les mots étaient en fait : « La société souhaite que vous ne soyez jamais né. » Ce ne sont pas les mots exacts, bien sûr. Mais le concept y est.

Depuis le moment où il a commencé à penser à la délinquance, il avait l’impression que le monde ne voulait pas de lui. Cette vérité le frappe de plein fouet désormais.

La société ne veut pas de lui. Il avait raison !

Un juge dédaigneux, tout en se demandant ce que sa femme allait faire pour le dîner, a achevé la métamorphose des idéaux de ce jeune homme.
Il est mûr pour la « grande école » de la délinquance.

Aucun professeur de « foutaisologie » n’a jamais eu affaire à étudiant aussi passionné.

Entre ces grands murs maussades de pierres grises, le jeune découvre qu’il existe une couche de la société qui en fait veut de lui. Il n’a jamais vu un vrai criminel auparavant et cette réalité l’impressionne. Il entend des hommes parler fièrement de braquages. Il reçoit le traitement habituel donné à tous les bizuts. Il fait partie des petits délinquants.

Grâce aux bons soins de l’Etat, dans un pénitencier ou une maison de correction, le jeune reçoit un traitement rigoureux. D’ici qu’il reçoive son diplôme, sa carrière est toute tracée. C’est un camé, un pervers ou un dur, mais dans la plupart des cas, il est très certainement prêt à se montrer digne de la seule confrérie qui se soit jamais intéressé à lui.
Alors arrive une seconde crise dans sa vie.

Lors de ses premiers ‘coups’ avec les copains de ses copains, il doit se charger des postes et des missions les plus dangereuses.

Il a donc de grandes chances soit de se faire descendre, soit d’être embarqué par des policiers zélés.

S’il réussit cette épreuve du feu, il en ressortira plus habile. Et de même que la guerre développe la ruse chez un « combattant » et lui apprend à survivre au reste de sa compagnie quelles que soient les conditions, de même l’expérience sert de bouclier au criminel endurci qu’il est devenu.

Tout naturellement, il suit la seule carrière pour laquelle il ait jamais eu une formation complète. Peu importe combien de fois il se fait prendre, le sentiment de sa propre importance l’empêche de penser que cela se reproduira. Qu’il soit pris, encore et encore, est inévitable, tout aussi inévitable que le fait qu’un comité de probation le relâchera.

Il retourne en prison comme un diplômé revient dans son université, et ce n’est pas une plaisanterie. C’est très étonnant d’écouter ces hommes assis en train d’échanger des propos sur leurs expériences respectives.
« 1933 ? Ouais, j’étais à Leavenworth. Jimmy Fenton y était. »
« Ah ouais ? Ca alors, c’est pas croyable. Lui et moi on était à Alcatraz. On avait un maton coriace là-bas… »

Et l’apparence de ces gars est tout aussi étonnante. Un vieux monsieur tout gentil se trouvait avoir à son actif une liste de mauvais coups suffisante pour l’envoyer dans les pénitenciers les plus durs.

C’est un fâcheux défaut de l’Anglo-saxon, il insiste pour qu’une solution soit présentée à chaque problème avancé.

D’autres solutions

Il y a de nombreuses solutions autres que la solution facile, banale et stupide qui consiste à envoyer un adolescent en prison. Il y a suffisamment de solutions pour remplir une encyclopédie. Mais l’espèce humaine a été éduquée, ou non éduquée, de telle manière que l’intention de « le renvoyer-dans-le-ventre-de-sa-mère » prédomine, à tel point que la plupart des hommes ne sont conscients d’aucune autre solution.

Disons simplement que la discipline – et non l’éducation délinquante en prison – a changé la destinée de plus d’hommes qu’on ne l’admet généralement.

Un jeune homme, servant en ce moment pour quatre ans dans le Corps des Marines des Etats-Unis, a commencé sa carrière délinquante en volant des voitures et en ameutant la police et la population. Un juge lui a dit qu’il devait soit faire deux ans dans un pénitencier soit quatre ans dans les Marines, et que c’était à lui de choisir. En tant que Marine, ses états de service sont irréprochables, il a été promu caporal chef et aux dernières nouvelles, il faisait des études pour se reconvertir dans le civil.

Le corps des Marines protestera probablement contre une telle révélation. Peu de jeunes ont eu la chance de ce caporal, et les cas qui ont eu la chance de pouvoir choisir sont malheureusement peu nombreux. Le caporal a eu quelques sergents coriaces à Parris Island (une base du Corps des Marines) pour lui remettre les idées en place, et quand il en est ressorti, c’était un gars sain d’esprit avec la tête sur les épaules.

Il y a aussi le système des colonies pénitentiaires dont la France et l’Angleterre ont abusé d’une manière si regrettable. L’échec de la colonie pénitentiaire ne tient pas à son principe mais à son application. Un homme sain d’esprit deviendrait fou en Guyane française, même s’il était « libre ». Aucun être humain ne pourrait survivre dans les jungles de Tasmanie alors que, aux risques naturels, s’ajoutent les gardiens tout puissants qui ont reçu l’ordre de « tirer à vue » et qui ont leurs propres penchants malsains. Une colonie pénitentiaire a particulièrement bien survécu. Mais il ne faut pas le dire trop fort, car bien qu’elle fut créée d’abord par des « criminels », c’est aujourd’hui le continent où la criminalité est la plus basse – ce qui au passage semble régler son compte à la théorie de l’hérédité.

Il y a plus de routes à construire, plus de barrages  à élever dans ces Etats-Unis que ne pourraient l’accomplir cent millions d’hommes en mille ans. Ce qui implique de faire appel aux travaux d’intérêt général. Mais faut-il juger et écarter a priori les travaux pénitentiaires, simplement parce que les conditions dans lesquelles ils sont pratiqués ressemblent à celles de la Guyane française ?
Un homme peut-il garder le respect de lui-même quand il est enchaîné à son compagnon par la cheville ? Quand un garde se tient tout près avec un fusil ? Quand on ne lui fait preuve d’aucune considération ? Et enfin, surtout, quand son travail est une corvée, et non pas un accomplissement ?

Il y a l’Alaska, un pays avec de grandes possibilités mais qui a apparemment un grand besoin de population et de travailleurs de bonne volonté.
Ah non, je m’aventure sur un terrain glissant.

Bien sûr, le seul système acceptable est de souhaiter que le délinquant ne soit jamais né. Le fait est pourtant qu’il est né et qu’il est devenu un homme… qu’on le veuille ou non.

Bien sûr, nous n’avons aucune intention de nous intéresser à ces individus qui constituent la base même du crime organisé. Nous nous en fichons totalement le jour où notre maison est cambriolée ou notre enfant kidnappé. Pourquoi ne remettrions-nous pas  le soin et l’éducation de ces jeunes à l’Ecole de la délinquance ?

Il est un fait anodin qui, s’il est prouvé, n’aura bien sûr aucun rapport avec la situation :
c’est si le nombre des délinquants à l’intérieur de nos frontières a baissé depuis la formation du CCC2 – compte tenu bien sûr de l’accroissement naturel de tous les types de délinquance dû au bas niveau des aides sociales, ainsi qu’à la pauvreté grandissante des familles et à ce qu’elles endurent.
Non, bien sûr cela n’aurait absolument rien à voir…

Nous, le peuple, réclamons, supplions, exigeons que le souhait habituel que les jeunes délinquants ne soient jamais nés conserve sa position honorable dans les livres de loi incontestablement justes de ce grand et glorieux pays des Etats-Unis, où tous les hommes sont nés égaux.

1 Final Blackout, Presses de la Cité, collection ……………

2 CCC : (Civilian Conservation Corps, corps civil de défense de l’environnement). Un programme dans les années trente, sous la présidence de Franklin D. Roosevelt, où les chômeurs étaient payés un dollar par jour pour mettre en œuvre des travaux de préservation de forêts.