Répression ou prévention

Délinquance – Opinions – Répression ou prévention

Répression ou prévention : encore faut-il savoir de quoi l’on parle.

Par Frédéric Grossmann

En matière de délinquance comme dans bien d’autres domaines, la prévention est préférable à la répression. Personne ne dira le contraire, d’autant plus que cela ne s’oppose pas au fait qu’il faut bien parfois réprimer les délinquants. Cette déclaration est fort consensuelle en apparence. Mais penchons nous un instant sur le sens des mots et voyons si les choses sont aussi simples que cela.


« Répression » signifie action de réprimer et réprimer est défini dans le Petit Robert dans son sens courant comme « empêcher (une chose jugée condamnable ou dangereuse pour la société) de se manifester, de se développer ».
Questions : la rétention de sûreté est-elle une mesure répressive ou une mesure préventive ? Procéder à un internement en psychiatrie est-elle une mesure préventive ou répressive ?  Imposer un traitement psychiatrique, est-ce réprimer ou est-ce prévenir ?

A titre d’analogie, imaginons un patient atteint d’un cancer des poumons :  le garder contre son gré en hôpital et lui imposer un traitement qu’il refuse serait considéré comme des mesures de contrainte, et certainement pas comme de la prévention. Prévenir, et dans ce cas il est trop tard, aurait consisté à l’éduquer sur les dangers du tabac et à lui enseigner une bonne hygiène de vie. La différence entre prévenir et guérir (réprimer) est ici très claire.

Il n’en est pas de même en matière de délinquance. Les mesures de prévention sont pour la plupart des mesures de répression. Faire appel à la psychiatrie, c’est faire appel à des méthodes répressives par nature. La camisole chimique imposée aux délinquants potentiels  sert à « empêcher une chose jugée condamnable de se manifester ». C’est un fait et c’est la définition même de réprimer. Qu’en est-il des psychothérapies ? On pourrait dire qu’il s’agit d’une non-mesure, dans la mesure où même psychiatres et psychanalystes reconnaissent son inefficacité sur la structure criminelle des individus. La question mérite néanmoins d’être posée. Est-ce de la prévention ou de la répression ?  Les psychothérapies cognitivo-comportementales (TCC) ont pour but d’amener l’individu à se conformer aux normes comportementales en s’adaptant au milieu. On amène l’individu à réprimer ses comportements « irrationnels ». Par nature, c’est de la répression, même s’il s’agit d’une répression apparemment « douce ». Les psychothérapies analytiques sont reconnues particulièrement inefficaces sur les délinquants. Est-ce pour autant une forme de répression ? Faites correctement, je ne crois pas que l’on puisse parler de répression. Mais faites correctement signifie le plein et sincère accord de la personne et cela ne s’applique pas au contexte d’un traitement imposé. Mal faite, une analyse se traduit par des évaluations de la part du psychanalyste sur les causes des problèmes, et ces évaluations sont particulièrement nocives, plongeant le sujet dans le trouble et la confusion.

Faire appel à la psychiatrie, ce n’est donc jamais de la prévention. C’est passer d’une forme de répression à une autre, de la prison et de l’enfermement carcéral à l’enfermement psychiatrique. C’est tenter de justifier la répression en affirmant qu’elle est faite dans l’intérêt du délinquant, et pas seulement dans l’intérêt de la société. C’est peut-être aussi, si l’on est cynique, renforcer la répression en cherchant à additionner l’enfermement de la prison et l’abrutissement de la personne auquel seule la psychiatrie parvient avec ses drogues et ses méthodes brutales.

Volonté de détruire peut-être, hypocrisie sans doute, ignorance assurément de ce qui est réellement fait par la psychiatrie, quelles que soient les motivations, la tendance des autorités officielles est à la psychiatrisation de la délinquance. Est-ce au moins une forme de répression efficace, c’est-à-dire empêche-t-elle véritablement les délinquants de passer à l’acte ? La réponse est non. L’exemple de Grenoble, où un patient en psychiatrie a tué un jeune homme au hasard, nous rappelle que la plupart des crimes les plus atroces sont commis par des personnes sous traitements psychiatriques. Cela pourrait faire l’objet de bien d’autres articles qui aborderaient entre autres choses les dangers des drogues psychiatriques. C’est un autre sujet.

En conclusion, quand vous entendez parler de prévention de la délinquance, soyez conscient qu’on essaie le plus souvent de faire passer des vessies pour des lanternes et que l’on parle en réalité de répression. Exigez alors qu’une vraie prévention soit envisagée, c’est-à-dire des mesures susceptibles d’éviter que quelqu’un s’engage dans la voie de la délinquance sans pour autant perdre sa liberté. Une vraie prévention serait basée sur l’éducation sans aucun doute, sur l’existence de perspectives futures et sur la responsabilité. Tout le contraire de la psychiatrisation.