Première réponse pratique

Délinquance – Opinions – Première réponse pratique

Une première réponse pratique

Par Agnès Brun

Les actes de délinquance perpétrés en groupe laissent une impression de grande confusion et un sentiment de désarroi face à l’irrationalité du désordre humain auquel nous sommes alors confrontés.
Voici un témoignage extrêmement intéressant sur une approche pragmatique du problème.


Ayant travaillé pour un équipement culturel situé dans une banlieue dite difficile, je me suis retrouvée plusieurs fois dans la situation où il a fallu faire face à des actes de vandalisme perpétrés par un groupe d’adolescents ou jeunes adultes. Pour des raisons qui restaient floues, ces jeunes investissaient le terrain, cassaient ce qui leur tombait sous la main, injuriaient les uns et les autres dans des accès de haine arrogante. Une sorte de folie s’emparait du lieu, les paroles et les raisonnements habituels y perdaient tout pouvoir et les tentatives d’apaisement semblaient bien aléatoires.
Les pouvoirs publics locaux s’arrachaient les cheveux, les équipements finissaient par coûter vraiment chers en regard du service rendu, un sentiment d’insécurité gagnait la population, le personnel ne voulait plus travailler dans de telles conditions, les animateurs sociaux se sentaient en échec, et les efforts faits pour aider ces adolescents revendicateurs et destructeurs semblaient bien vains.

Il est fréquent d’avoir recours à des termes d’ordre général pour décrire ce type de phénomène. Les adolescents deviennent « ils », dans la mêlée, ce sont « les jeunes ». Une fois devient toutes les fois, et les injures s’égalent.

Les responsables sociaux et policiers du quartier avaient cependant remarqué, au fil du temps, que lorsque certains de ces adolescents, moins d’une dizaine, étaient absents, souvent parce qu’ils étaient en prison, le calme revenait, et si un incident survenait, les choses ne s’envenimaient jamais autant, et restaient contrôlables.

Les acteurs du terrain en avaient donc déduit, à raison, qu’il était nécessaire d’éloigner quelques personnes, pour que la vie du quartier puisse retrouver un rythme de vie décent. Un projet avait été ébauché qui visait à écarter les éléments perturbateurs dans un centre appelé « école de la nouvelle chance », internat scolaire dont l’objectif était « de prendre en charge 12 mineurs délinquants ou en grave danger de le devenir » et de mener à leur égard une action à la fois éducative, sanitaire, sociale et judiciaire.

Un facteur clé de ce projet était l’éloignement de ces mineurs du lieu où ils avaient commis leurs exactions. Cela présentait l’intérêt de protéger le quartier, mais aussi de fournir aux délinquants un nouvel environnement, dans lequel les mauvaises habitudes générées en réaction à l’environnement ancien pouvaient se décrisper.

Ce n’est pas que les autres adolescents étaient de petits anges. Ils pouvaient se laisser aller à des actes irraisonnés. Mais, la différence avec la petite dizaine, c’est qu’ils restaient en une certaine mesure sensibles au contact humain, on pouvait communiquer avec eux. Ils acceptaient de parler, d’expliquer finalement, à leur façon souvent maladroite, leurs désaccords et leurs problèmes. Il devenait également possible de faire appel à leur part de bon sens pour transmettre quelques règles de conduite indispensables à la vie en société. Dans la mesure où ils n’étaient plus liés à la petite dizaine d’agitateurs intraitables, ils pouvaient être plus ouverts, plus constructifs à l’égard de leur entourage.