Développement humain durable

Délinquance – Opinions – Développement humain durable

Et si l’on parlait développement humain durable ?

Par Pierre Alencon

Une fermeté réaffirmée en tant que vecteur d’action peut paraître comme un début de solution, mais si elle constitue la seule réponse, elle mènera inévitablement à une nouvelle série d’échecs. Elle peut en effet contraindre temporairement les pulsions, mais elle ne fournira jamais à l’individu l’autonomie nécessaire à un comportement social digne et responsable.

L’ingrédient clef et déterminant pour une chute significative de la récidive ne peut être qu’un processus de réhabilitation véritable.

Mais qu’est-ce, en fait, qu’une réhabilitation ?

Les instances issues de la psychiatrie traditionnelle ou de la psychologie post freudienne tendent de plus en plus à porter le débat vers une origine génétique ou une forte composante génique à toute déviation comportementale. Il s’agit là d’écoles de pensée. Si l’on observe leurs pratiques, force est de constater que les seuls remèdes mis en œuvre à ce jour se contentent dans la quasi-totalité des cas d’estomper les effets sans véritablement aborder les causes.

Le danger est grand car en ne résolvant rien sur le fond, on ne peut que se diriger inéluctablement vers une société à l’américaine où la contrainte s’exprimera de façon de plus en plus anodine en termes d’enfermement physique ou chimique.

Il est donc indispensable de se tourner vers d’autres solutions.  Et elles existent  !

Structures d’accueil graduées et adaptées, politique de l’éducation, politique de la prévention, accompagnement personnalisé. Nul ne penserait à en contester l’utilité, voire l’évidente nécessité pour peu qu’on se sente membre d’une société humaine. Il s’agit de la voie de la raison, alternative à une loi du Talion que réveille dans les consciences toute exaction injustement commise à l’encontre des plus faibles ou des plus dociles.

Considérons un instant les seuls 85% des cas les plus aisés. Ceux qui sont considérés comme « récupérables ».

Pour ces personnes, si les causes du glissement lent ou rapide vers la délinquance peuvent être multiples, elles ont pourtant une caractéristique commune, clé probable de toute solution efficace : l’inaptitude à faire face de manière rationnelle aux situations, parfois difficiles ou injustes de la vie, souvent accompagnée d’une perte du sentiment de dignité.
Jusqu’à ce jour, on pense à punir, on pense à contraindre, parfois à tort, parfois avec une certaine justesse. Et la tendance serait de punir plus, avec au moins un effet temporairement positif, celui d’écarter du circuit les plus destructifs.

Mais cette solution n’est que cautère sur jambe de bois, car on ne peut pas garder les personnes concernées indéfiniment sous les verrous et statistiques à l’appui, elles vont recommencer avec une hargne plus grande encore et une technique souvent affinée. Vient s’ajouter à cela, dans la grande majorité des cas, une dépendance accrue aux substances toxiques légales ou illégales ce qui, de toute évidence amplifie la cruauté des méfaits. Le parallélisme des courbes de la consommation de substances illicites ou des médicaments qui en sont issus et de la violence est véritablement étonnant.

La qualification grandissante en « malade » nécessitant suivi médical et traitement d’un certain nombre de délinquants sont les symptômes d’une déresponsabilisation en marche.

Or, aider ces 85%, à reprendre pied serait relativement simple en leur permettant de retrouver leur place dans la communauté des hommes, par la « réparation ». Il ne s’agit pas d’émettre à leur encontre une « punition » arbitraire. Il s’agit de leur faire réparer les dégâts causés jusqu’au point où eux-mêmes vont penser que leur action réparatrice leur a permis de reconquérir leur place dans la société et dans un certain sens leur honneur.

Qu’on le croit ou non, c’est en suivant cette démarche que nous aurons probablement les plus grandes surprises. Très souvent la participation des personnes concernées sera bien supérieure à ce que la société civile aurait pu leur demander. Nous pourrions obtenir des revirements complets de situation et de « prédateurs », ces participants pourraient se retrouver « constructeurs » ou « créateurs ».

Mais cette première étape étant franchie, l’effort ne serait pas terminé.

Reste à faire un travail de fond, destiné à fournir à l’ancien délinquant les moyens d’obtenir un degré certain d’autonomie pour faire face aux difficultés qu’il va rencontrer jour après jour.

Il faut à ce stade lui faire acquérir les bases éducatives nécessaires en matière de communication, de lecture, d’écriture et de capacité à entreprendre et mener à bien un projet. C’est également le moment idéal pour lui faire mieux comprendre le bien fondé de nos règles de vie en société. A ce stade, il en sera demandeur voire même, promoteur.

Après cette phase de réhabilitation, il ne se sentira plus redevable et pourra profiter pleinement de l’effort éducatif lui étant destiné. Il y a même fort à parier que sa participation sera particulièrement active.

Les expériences menées dans certains pays montrent que des solutions de bon sens, respectant un juste équilibre entre la contrainte et l’éducatif quand elles obligent à une phase de « réhabilitation » comme action première, donnent d’excellents résultats en matière de non récidive.

Pourquoi ne pas s’inspirer de ces expériences, et prendre le parti du Développement Humain Durable ?