La marche de la dernière chance

Délinquance – Ce qui marche ailleurs – La marche de la dernière chance

La marche de la dernière chance

S’inspirant des épreuves initiatiques qui marquaient le passage à l’âge adulte dans les sociétés primitives, le projet Seuil est une méthode de réinsertion par la marche à pied.

Une méthode venue d’Amérique

Chez les Indiens d’Amérique, le jeune candidat devait quitter la tribu et survivre par ses propres moyens durant quelques lunes. Des éducateurs américains eurent alors l’idée de s’inspirer de cette coutume et montèrent une sorte d’expédition initiatique pour jeunes délinquants baptisée « last chance caravan » (la caravane de la dernière chance).

La méthode fut importée en Europe en 1985 par une association d’éducateurs et de magistrats flamands, Oikoten (mot grec signifiant à la fois « hors de la maison » et « par ses propres moyens »), qui a développé une méthode basée sur :

  • l’aventure : une marche dans un pays étranger et sur la durée (4 mois).
  • la vie en petit groupe : 2 jeunes et 1 accompagnateur

Depuis sa création, l’association a fait marcher plusieurs centaines de jeunes avec succès. De nouveaux projets ont été introduits, telles que randonnées à vélo ou voyage en voilier. Un « projet de redressement » a aussi été mis en place : en étroite concertation avec les juges de la jeunesse et les magistrats du parquet, il vise à permettre aux mineurs délinquants de réparer les torts faits à leurs victimes.

Le projet Seuil

La méthode a été introduite en France en 2000 par l’association Seuil. Son fondateur, Bernard Ollivier, a pu tirer les leçons des expériences américaine et belge.

Sur son site Internet, le projet Seuil est présenté ainsi :

« La méthode Seuil de réinsertion par la marche à pied, véritable « dernière chance » pour des adolescents récidivistes, est éprouvée par l’expérience. Elle demande de la volonté, l’effort et provoque la réflexion. Cette méthode, qui ne peut fonctionner qu’en étroite coopération avec les éducateurs et les juges, repose sur une adhésion de l’adolescent et non sur la coercition. »

Le temps de la marche (1800 kms à l’étranger à raison de 25 kms par jour) va permettre au jeune de prendre ses distances avec son environnement et son mode de fonctionnement habituels.

Les points-clés du programme :

  • le volontariat : c’est au jeune d’entamer la démarche en écrivant une lettre manuscrite de motivation, qui accompagne le dossier adressé par l’éducateur
  • une étroite coordination entre éducateurs et magistrats

Après une première sélection sur dossier, Seuil organise des visites auprès du candidat et de son entourage (famille, éducateur, juge). Le but est de mieux connaître la personnalité du jeune et de voir si le projet peut lui convenir et également de former une alliance entre les différents intervenants pour assurer le succès du parcours.

Si la candidature est acceptée, une ordonnance de placement provisoire est demandée au juge des enfants, pour la durée du stage de préparation, de la marche et du stage qui suit la marche.

  • sortir du cadre de référence habituel : la marche se déroule à l’étranger, ce qui bouscule les habitudes et comportements
  • des règles bien définies : chaque candidat s’engage à respecter quelques règles simples. S’il manque à ses engagements, il s’expose à revenir au point de départ et à être remis à la disposition du juge.
  • un cadre valorisant : le jeune doit mobiliser ses capacités autour d’activités régulières, concrètes et valorisantes et assumer des responsabilités dans la vie collective

Les résultats

Les candidats aux marches Seuil sont des mineurs qui ont connu une succession d’échecs. Cette marche va changer le regard que l’on pose sur eux et qu’ils posent sur eux-mêmes.

Dans le cadre d’une étude effectuée en Belgique, 44 anciens marcheurs ont été interrogés en détail. Les données recueillies suggèrent qu’environ 60% des participants réussissent ultérieurement à s’intégrer bien ou correctement. Pour les 40 % restants, le processus d’intégration reste encore très difficile pendant plusieurs années.

De nombreux jeunes expliquent qu’ils se sentent beaucoup plus indépendants et plus sûrs d’eux grâce à la randonnée :

« Je me sens plus sûr de moi, je ne suis plus aussi timide qu’auparavant. Je prends beaucoup plus mes responsabilités. »

D’autres affirment qu’ils ont pu réfléchir davantage sur eux-mêmes : « J’ai appris à m’évaluer, à m’attribuer des points en fonction de la situation du moment. »

D’autres sont devenus plus ouverts dans leurs contacts : « J’ai appris à faire davantage confiance aux gens. Dans les institutions, tu ne peux faire confiance à personne. »

Il s’agit donc bien d’une chance personnelle offerte aux jeunes : la possibilité concrète de prendre leur vie en main.

Pour plus d’informations, voir les sites www.assoseuil.org et www.oikoten.be