Deuxième chance

Délinquance – Ce qui marche ailleurs – Deuxième chance

Une « deuxième chance » pour ceux qui sont en voie de marginalisation

Les offres françaises

« Défense, 2ème chance »
L’Établissement public d’insertion de la Défense (EPIDe)
(Création par ordonnance du 2 août 2005)

Si le service militaire n’existe plus, la journée d’appel et de préparation à la défense (JAPD) en a pris la suite en 1998. Chaque année 800 000 jeunes hommes et femmes entre 18 et 25 ans y participent. A cette occasion, il a été observé que 60 000 d’entre eux, soit 7,5%, sont en situation de difficulté scolaire et en voie de marginalisation sociale.

Dans le souci d’aider à résoudre cet énorme problème, il a été créé en 2005 L’Établissement public d’insertion de la Défense (EPIDe), couramment appelé « Défense, 2ème chance ». Sous son égide, des centres de formation ont été fondés répartis sur toute la France. Il en existe actuellement 22, qui accueillent environ 1780 jeunes. Trois nouveaux centres devraient ouvrir prochainement portant le nombre de place à 2300.
Ces centres s’adressent aux jeunes âgés de 18 à 21 ans qui sont dans une situation de difficulté scolaire et sociale. Ils ont pour objectif l’insertion sociale et professionnelle de ces jeunes.

Cette entreprise éducative a pour particularité de lier entre eux trois corps ministériels : elle est menée sous la tutelle du Ministère de la Défense et du Ministère de l’économie, en collaboration avec le ministère de l’Éducation Nationale.

Les centres de formation sont animés par d’anciens militaires, tandis que les enseignements sont donnés par des professeurs de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle. Les économistes aident à la signature de convention de partenariat avec différents secteurs professionnels.
La mission de l’EPIDe est d’assurer l’insertion sociale et professionnelle de jeunes en risque de marginalisation et de favoriser leur entrée dans la vie active en leur proposant un parcours adapté à leur situation et facilitant une insertion durable. Apparemment, cette mission a été prise au sérieux et est menée à bout, sûrement grâce à un partenariat habilement conçu :
Les militaires pour la remise en ordre (contrairement aux idées reçues, ça fonctionne), les professeurs pour le rattrapage scolaire, les partenaires économiques pour l’insertion sociale.
L’idée brillante dans ce montage est d’avoir compris qu’il ne sert à rien de tenter d’instruire et de réinsérer professionnellement tant que la personne ne s’est pas reprise en main moralement.
Le cadre presque militaire mais, semble-t-il, intelligent dans lequel le jeune arrive le met en situation de remettre de l’ordre dans ses habitudes et ses comportements. Seulement alors, devient-il moralement disponible pour recevoir de façon bénéfique un complément d’instruction et une formation professionnelle, ces deux premières étapes lui conférant le savoir-faire et la solidité de caractère nécessaires  pour réussir une insertion professionnelle.

Les jeunes sont sélectionnés sur la base du volontariat
Le contrat qui lie les jeunes à l’EPIDe porte l’intitulé insolite de « Contrat d’adhésion au volontariat pour l’insertion ».
Contractuellement dénommé « le volontaire », le jeune signe un « contrat de volontariat ».

Le mot mérite que l’on s’y arrête.
Nous trouvons dans le dictionnaire « Trésor de la langue française » les définitions suivantes de « volontaire » :

  • qui procède de la volonté et non des automatismes, des réflexes et des impulsions
  • qui résulte d’une décision, d’un libre choix
  • qui fait preuve d’une volonté ferme, d’obstination (en parlant d’une personne)


Il est donc clairement fait appel au désir réel et à la volonté du jeune de s’en sortir. Il ne s’agit pas de mettre de l’énergie et des efforts au service d’un jeune qui n’aurait pas encore pris une ferme décision de se tirer lui-même du mauvais pas dans lequel il se trouve. Ce n’est pas une aide restreinte à certains, mais une aide qui souhaite se présenter au bon moment dans le parcours moral d’une personne, afin d’avoir une chance d’aboutir.

L’effort est soutenu par des mesures de motivation
Le volontaire se voit attribuer une allocation mensuelle de 150 euros par mois et une prime d’insertion capitalisée de 150 euros par mois qui lui est remise à l’issue de sa formation.

Dans les centres, l’encadrement et le règlement sont stricts, mais non dénués de bon sens
Les centres de « Défense 2ème chance » sont des internats. Les volontaires sont logés et nourris du dimanche soir au vendredi après-midi. Ils portent une tenue uniforme qui leur est prêtée, afin d’éliminer tout risque de discrimination sociale.
Le règlement intérieur est sévère. Il s’apparente à la discipline militaire  dans ces centres où le lever des couleurs a lieu au moins une fois par semaine.
Il demande que le volontaire se tienne au garde à vous lorsqu’un supérieur s’adresse à lui et les déplacements collectifs s’effectuent au pas. Mais il veille aussi à ce que le volontaire suive sa formation avec assiduité, qu’il ait un comportement respectueux envers chacun, qu’il n’empiète pas sur la propriété des autres ni ne dégrade le matériel.  Et le personnel est soumis à un règlement strict également, pour une raison non dénuée de bon sens qui est exposée dans le préambule du règlement intérieur des agents de l’EPIDe :

« Les centres défense 2ème chance sont des organismes de formation qui réclament pour fonctionner un cadre clairement délimité. Ces limites définissent un espace de travail qui permet la restructuration de jeunes en voie de marginalisation dans un objectif d’insertion sociale et professionnelle.

Le règlement intérieur des agents de l’EPIDe ainsi que celui des volontaires sont indispensables à la construction de ce cadre de travail. Ils fixent les attitudes, les comportements et les règles de vie collectives dans un but unique : celui de faire comprendre à tous que la société, comme toute communauté, est soumise à des règles de vie.

Le règlement intérieur des agents de l’EPIDe prend alors du sens puisqu’il est utilisé comme outil pédagogique et permet notamment de mettre en évidence la notion de contrainte partagée : l’agent fonde son autorité en respectant les mêmes règles en matière de discipline et de comportement que le volontaire.
Respecter à la lettre le fond et la forme du présent règlement intérieur est donc pour chacun un devoir qui concourt à la réussite du projet. »

Comme nous le savons, la société a ses règles, mais la vie aussi.
Aussi ne semble-t-il pas incongru de tenter d’apporter à des jeunes, qui probablement ne l’avaient pas, la compréhension que si l’on ne sait pas s’appliquer à soi-même une discipline, la discipline que requiert la vie en elle-même, discipline nécessaire à son bien-être personnel mais aussi à celui de sa famille et des différents groupes sociaux et professionnels auxquels on appartient, la vie elle-même va se charger un jour de vous l’apprendre, mais alors, ce sera à la dure.

Le programme de formation
La formation peut durer de 6 mois à 2 ans. Des chargés d’insertion assurent un suivi personnalisé. Les cours se font à des effectifs réduits de 15 élèves en moyenne.

Le programme comprend trois modules :

  • une remise à niveau des fondamentaux scolaires
  • une éducation civique et comportementale
  • une pré-formation professionnelle devant favoriser l’embauche dans des secteurs d’emploi prometteurs : BTP, logistique, magasinage, travaux paysagers, sécurité, hôtellerie et restauration, etc.

Cette formation est donnée avec l’objectif d’apprendre un métier au jeune et qu’il soit en mesure soit de poursuivre son apprentissage dans une filière de formation classique, soit de trouver un emploi à durée indéterminée ou pour le moins une durée égale ou supérieure à 6 mois.

Les résultats
30% quittent le centre avant la fin du premier mois, soit parce qu’ils sont excluent (15%), soit parce qu’ils ne supportent pas le cadre strict (15%). 70% des volontaires trouvent un emploi et entrent dans la vie active dans l’année qui suit la fin de leur formation dans un centre « Défense 2ème chance ». (Métro 7 février 2008)
21% environ des jeunes insérés dans la vie professionnelle ont intégré le BTP. (Le Moniteur du 7 décembre 2007)

Témoignages

Un directeur-adjoint de la formation de Vinci construction, France :
« Le dispositif de sociabilisation de l’EPIDe constitue un chaînon manquant dans l’intégration de ces publics [les jeunes éprouvés par la vie]. Passer d’une non-activité à une activité régulière n’est pas évident. Par son système de vie réglée, l’EPIDe réhabitue aux règles de la communauté. Surtout, avant de présenter un jeune à une entreprise, ses chargés d’insertion vérifient scrupuleusement le projet professionnel et les motivations. » (Le Moniteur du 7 décembre 2007)

Un jeune homme, 20 ans, depuis 10 mois dans un centre :
« Avant, l’étais pas aux normes. Ce qui fait toute la différence ici, c’est qu’on nous fait confiance. Et à partir de là, on peut faire beaucoup de choses » (Métro 7 février 2008)

Un jeune homme, 19 ans :
« Avant que je n’arrive au centre, je n’avais confiance en personne. Je ne connaissais pas les mots ‘bonjour’, ‘s’il te plaît’, etc. Depuis que je suis petit, j’ai toujours vécu dans la violence. Un jour, suite à un accident, mon père m’a proposé d’aller au centre de Belfort et là, j’ai découvert des personnes qui sont devenues ma 2ème famille. Maintenant je dis bonjour à tout le monde. J’ai repris confiance en moi, je me suis repris en main et je sais que je vais devenir quelqu’un en restant dans ce centre. J’ai appris le mot ‘discipline’ ». (Plaquette Centre EPIDe de Belfort)

Une jeune fille, 19 ans :
« Tout a commencé le jour où je fis ma journée d’appel à la Défense de Valenciennes où ils m’ont proposé d’intégrer un centre… Au départ, j’avais des difficultés pour me lever, mais à force, j’en ai pris l’habitude. Le centre Défense 2ème chance de Doullens m’a permis d’évoluer dans mon comportement et dans ma remise à niveau. La filière que j’ai choisi était la restauration et peu de temps après j’ai été prise en contrat d’apprentissage au CFA d’Amiens. Je fais une semaine au CFA et deux semaines en entreprise. »
(Plaquette Centre de Doullens)

Un jeune homme, 19 ans :
« J’ai découvert l’EPIDe à la journée d’appel à la Défense. On m’a proposé de m’y inscrire car j’avais 18 ans et pas de diplôme. L’EPIDe est un bon dispositif de réinsertion pour les jeunes qui veulent s’en sortir dans la vie. Il faut voir la vie sur le long terme et non comme certains le pensent au jour le jour. Le centre aide aussi les jeunes à reprendre confiance en eux. »
(Plaquette Centre de Doullens)