Un rapide historique

Un rapide historique : de Jésus à Louis XIV


Benjamin Saintignon

Le vrai fondateur du principe de séparation de l’Eglise et de l’État est un agitateur palestinien de la secte des Esséniens, connu par les services du préfet de Judée sous le nom de Jésus de Nazareth. Lorsqu’il avait été interrogé par  le préfet Ponce Pilate, il s’en été était tiré en disant : « Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».
L’Église, sur ce point, a fait la sourde oreille aux dires de son Messie et, après la chute de l’Empire Romain, elle est devenue la clef de voûte de la nouvelle civilisation chrétienne, élément indispensable au sacre des rois, légitimant leur pouvoir temporel au sein des puissants vaisseaux de pierre bâtis à la gloire du seigneur.
Pendant neuf siècles le christianisme gagne du terrain sur le paganisme et les nombreuses hérésies gnostiques. Point de chrétiens jetés aux fauves dans ce nouvel ordre : après avoir réussi, l’Eglise persécutera à son tour tous ceux qui mettront en doute le dogme.

En pratique, l’édit de Nantes(1) est un pas en avant vers la laïcité et la séparation de l’Eglise et l’État. Il marque la distinction entre le sujet politique, qui doit obéir, quelle que soit sa confession, à la loi du roi, et le croyant, libre de ses choix religieux dorénavant cantonnés à la sphère privée. L’homme se coupe en deux : une moitié publique, et une moitié privée ; ses actions et ses actes sont soumis sans exception à la loi du monarque.

Pierre Joxe a mis en valeur un des paradoxes de l’édit de Nantes.  Il montre que ce texte, communément présenté comme fondant la tolérance, n’a pas toujours autant bénéficié aux protestants qu’on le croit. En revanche, il fonde, autour d’une religion d’État dont le souverain est le pivot : l’absolutisme. Son aboutissement est une véritable religion royale, qui culminera avec Louis XIV souverain de « droit divin » et divinité incarnée sous la forme de « Roi Soleil » en son temple terrestre du Palais de Versailles. Après cette rare période d’accalmie et de tolérance, l’édit de Nantes sera révoqué en plusieurs étapes : sous Louis XIII on commence par grignoter le droit des protestants de conserver des places fortes militaires, la liberté de culte est maintenue à l’exception de Paris, fief traditionnel des Catholiques.
Sous Louis XIV des nouvelles persécutions comme les dragonnades et la politique des conversions forcées voient le jour à travers le royaume. Les dragonnades consistaient à obliger les familles protestantes à loger, les dragons du roi à leurs frais. Le 1er  régiment de dragons avait été créé avec des éléments étrangers formés en Allemagne qui se comportaient chez les protestants comme des troupes d’occupation.
La politique d’intolérance de Louis XIV culmine avec l’édit de Fontainebleau en 1685 interdisant le protestantisme sur le territoire français. Beaucoup de huguenots se sont réfugiés dans les pays protestants et leurs colonies, au détriment de la France.
La position de l’Eglise au cours de son histoire est d’un manque de tolérance exemplaire. Tout point de vue mettant en doute le dogme des saintes écritures pouvait coûter la vie à celui qui le proférait, ce fut le cas pour les cathares, pour les juifs, pour Giordano Bruno (2) et pour les « sectateurs de Luther » tous coupables d’un simple délit d’opinion.
Descartes aurait pu être brûlé, mais eut la vie sauve parce que, catholique sincère, il avait apporté des preuves philosophiques irréfutables de l’existence de Dieu. Sa discrétion sur les théories de Copernic et Galilée l’avait préservé des foudres de l’inquisition et, enfin, il s’était expatrié en Hollande où il pouvait continuer ses recherches philosophiques dans un climat plus serein.
L’Eglise détenait la vérité absolue que nul ne pouvait contester et le pouvoir royal, par calcul ou par conviction, lui a prêté main forte pour l’imposer par la force au détriment de la liberté de conscience et de la science.

1.L’Édit de Nantes, une histoire pour aujourd’hui, Pierre Joxe, Hachette-Littératures, 1998.
2.Se basant sur les travaux de Nicolas Copernic et Nicolas de Cues, il démontre, de manière philosophique, la pertinence d’un univers infini, peuplé d’une quantité innombrable de mondes identiques au nôtre. Accusé d’hérésie par l’Inquisition, pour ses écrits blasphématoires et sa pratique de la magie, il est condamné à être brûlé vif au terme de huit années de procès. (Wikipédia)